Histoire de la Tunisie

Les grandes dates - Préhistoire (Berbères) - Carthage - Romains - Arabes - Ottomans - Français - Indépendance

Les grandes dates

814 Av. JC : Fondation de Carthage par des colons phéniciens, conduits par la Reine Didon, ou Elyssa. La nouvelle cité se développe rapidement devenant l'une des deux grandes puissances de la Méditerranée avec son grand rival romain.
264 - 146 Av. JC : Les trois guerres puniques contre Rome donnent lieu, entre autres, à la fantastique expédition conduite par Hannibal qui a traversé les Alpes avec ses éléphants (218- 202 Av. JC). Ces guerres s'achèvent par la défaite de Carthage.
146 Av. JC- 439 : Etablissement de la première colonie romaine "Africa". Le pays connaît une grande prospérité. L'agriculture et l'urbanisation se développent.

439 : Conquête de Carthage par les Vandales.

533 : Reprise de Carthage par les Byzantins.

647-698 : Début de l'ère arabo-musulmane. Fondation de Kairouan par Oqba Ibn Nafaa (en 670) et prise de Carthage par les Arabes (en 698).
 800-909 : Expansion de l'Islam et établissement de la dynastie des Aghlabides. Construction de la Mosquée Zitouna de Tunis. Kairouan est alors le centre politique et intellectuel du Maghreb.
909-1159 : Dynasties Fatimide et Ziride. Mahdia, fondée en 921, devient la capitale du pays.
1159-1230 : Les Almohades unissent les pays du Maghreb et l'Andalousie musulmane.
1236-1574 : Les Hafsides, vassaux des Almohades, se déclarent indépendants et fondent une nouvelle dynastie à Tunis.

1574 : La Tunisie est annexée à l'Empire Ottoman .
1705 : Fondation de la Dynastie des Husseinites (déchue le 25 juillet 1957).

1881-1956 : Protectorat français, établi le 12 mai 1881. La résistance anti-coloniale dure pendant pratiquement la totalité des 75 ans de domination française. Menée d'abord par le parti Destourien (1920), la lutte connaît un nouvel élan avec le néo-Destour à partir de 1934.

1956 (20 mars) : La Tunisie obtient son indépendance.
1957 (25 juillet) : Proclamation de la République tunisienne. Habib Bourguiba devient président de la Tunisie indépendante.
1959 (1er juin) : adoption de la première constitution de la République Tunisienne.
1963 (15 octobre) : les troupes françaises évacuent Bizerte, leur dernière base dans le pays.
1987 (7 novembre) : Le Premier ministre, Zine El Abidine Ben Ali, succède au Président Bourguiba, jugé sénile. Ben Ali est investi Président de la République.


Préhistoire

La Tunisie était peuplée depuis la préhistoire. Des traces de présence humaine ont été découvertes dans les couches profondes du paléolithique. Ses premiers habitants connus sont les Berbères, issus de la migration des populations libyques venues du Sud. Leur venue est attesté au moins 4000 ans avant J.-C.

Le rayonnement de Carthage

Depuis le 12ème siècle Av. JC, la Tunisie, pont naturel entre l'Afrique et l'Europe et entre l'Orient et l'Occident, entretient des relations surtout commerciales avec les différents pays méditerranéens.

En 814 av. J.-C., des colons phéniciens venus de Tyr fondèrent la ville de Carthage. D'aprés la légende, ce serait la reine Elyssa (Didon pour les Romains), sœur du roi de Tyr Pygmalion, qui fonda la cité. Certains historiens rejettent cependant la tradition littéraire et datent la fondation de la cité du milieu du VIIIe siècle.

Un siècle et demi après la fondation de la ville, les Carthaginois s'installent déjà aux Baléares, puis, alliées aux Étrusques, ils dominent la Sicile, prennent pied en Sardaigne, et repoussent les Grecs de Corse. Le rayonnement et la prospéritéde Carthage ne manquent pas de provoquer des rivalités avec l'Empire romain, l'autre grande puissance de la méditerranée. Trois guerres (appelées guerres puniques) opposeront la civilisation marchande de Carthage à la civilisation militaire de Rome. La première guerre punique (264-241 av. J.-C.) est un conflit essentiellement naval, ayant pour origine des luttes d'influence en Sicile, terre située à mi-chemin entre Rome et Carthage.

Les Carthaginois prennent la ville de Messine. Ceci provoque l'inquiétudes des Romains en raison de la position de Messine proche des villes grecques d'Italie qui venait de tomber sous leur protection. Le sénat ne souhaitait pas ouvrir les hostilités avec Carthage, mais le peuple demanda d'intervenir. Ainsi Appius Clodius Caudex traversa et prit par surprise la garnison punique de Messine declenchant le début de la première guerre punique. Suite à ce revers la gouvernement de Carthage commence à regrouper ses troupes à Agrigente, mais les Romains mené par Claudius et Marcus Valerius Messalla prennent les villes de Segeste et d'Agrigente après un siège de 7 mois.

Sous la conduite des Barcides (famille des Barca, dont Hannibal), Carthage s'étend rapidement en Hispanie, oŁ ils fondent la ville de Nouvelle Carthage (Carthagène). Ils y exploitaient des mines et redonnèrent à Carthage sa puissance économique et commerciale.

La Deuxième guerre punique (218-202 av. J.-C.) marqua pour Rome le péril le plus grand que la cité ait connu, du moins jusqu'aux invasions barbares qui marquèrent la fin de l'Empire romain d'occident plusieurs siècles plus tard.

Le prétexte de la guerre fut le siège de Sagonte par les Puniques, qui était au delà de la rivière (Ebre) délimitant selon le traité de 241 les zones d'influence respectives des deux puissances rivales.

Sous la conduite d'Hannibal, les troupes carthaginoises, parties d'Espagne, traversent les Pyrénées et les Alpes (avec les fameux éléphants) et envahit l'Italie. Se contentant de sa victoire, il renonça à entrer dans Rome. Ceci permit aux Romains de contre-attaquer et ils réussirent finalement à retourner le cours de la guerre en leur faveur, prenant à Carthage la totalité de leurs possessions hispaniques, détruisant leur flotte et leur interdisant toute remilitarisation sans l'aval de Rome.

Malgré la victoire finale, cette guerre marqua profondément les Romains, et poussés par la crainte d'avoir à affronter à nouveau les Puniques, ils décident, selon le fameux mot de Caton (Delenda est Carthago), que la destruction totale de Carthage était le seul moyen d'assurer la sécurité de la nation romaine. En effet, malgré toutes les représailles infligées à Carthage, la cité punique retrouva vite sa puissance économique.

Saisissant le prétexte de la violation du traité de paix de 202 (Carthage dut lever une armée pour reposser les invasions numides), et profitant de la faiblesse militaire de son ennemi, Rome lança une grande offensive en Afrique (la troisième guerre punique) destinée à amener les troupes romaines à pied d'œuvre pour le siège de Carthage, qui dura trois ans, et fut mené à bien par Publius Cornelius Scipio, surnommé pour cela le second Africain. Le siège s'acheva en -146 par la destruction complète de la ville : elle fut rasée et du sel fut semé sur les terres pour les rendre infertiles, par crainte de la résurrection de la puissance de Carthage.

L'occupation romaine

La fin de la troisième guerre punique (-146) marque l'établissement de la colonie romaine d'Afrique et le début de sept cents ans de domination romaine.

Carthage est reconstruite par Jules César (Colonia Julia Karthago). Celle-ci devint la capitale de la nouvelle province d'Afrique et retrouve rapidement son rang et sa prospérité d'autrefois.

C'est une période de grande prospérité, l'Afrique devient rapidement le "grenier à blé" de Rome, en témoigne le Colisé d'El Jem (antique Thysdrus), le plus grand de l'empire.

Les nombreux sites archéologiques d'une grande splendeur qui parsèment le paysage tunisien d'aujourd'hui témoignent de la position primordiale que la colonie d'Afrique occupait au sein de l'Empire romain. On trouve en Tunisie de riches sites puniques et romains qu'on peut admirer à Carthage et dans d'autres lieux historiques à travers le pays. Parmi ces sites, les thermes d'Antonin à Carthage, le temple romain de Dougga, la nécropole punique d'Utique, le temple romain de Sbeitla, les villas romaines de Bulla Regia, et bien sûr le Colisée d'El Jem. Tout près de Tunis, le musée du Bardo abrite la plus grande collection de mosaïques romaines dans le monde.

Au Bas-Empire, la cité, gagnée au christianisme, subit les persécutions impériales. Carthage est au IVe siècle l'une des plus grandes capitales spirituelles d'Occident.

cf. Tertullien, saint Cyprien, saint Augustin.

Vandales et Byzantins

Carthage est conquise en 439 par les Vandales, menés par Genséric. L'Église est alors victime de persécutions et est particulièrement meurtrie.

Carthage est reprise en 533 par les Byzantins (Empire romain d'Orient), menés par l'empereur Justinien Ier. Cette reconquête provoque le retour de la prospérité.

Justinien en fait le siège de son diocèse d'Afrique, mais à la suite de la crise monothéiste, les empereurs de Byzance, opposés à l'Église d'Afrique, se détournent rapidement de Carthage.

Époque Arabe

Au septième siècle, l'Ifriqiya est intégrée au monde musulman. La ville de Kairouan, que les arabes fondent en 670, devient la capitale de la province et le centre de la vie religieuse. C'est la ville où l'on trouve les mosquées les plus anciennes et les plus prestigieuses du Maghreb. Carthage tombe en 698.

Cette ère est marquée par le développement urbanistique du pays, et l'apparition de grands penseurs tels que Ibn Khaldoun, historien et père de la sociologie moderne, dont les travaux sont encore enseignés.

Sous la dynastie des Aghlabides, établie vers l'an 800, l'Ifriqiya rayonne dans tout le monde musulman. C'est aussi à cette épooque qu'est construite la Mosquée Zitouna de Tunis.

En 909, les Fatimides prennent la succession des Aghlabides. Ils fondent Mahdia en 921, qui devient la capitale du pays.

En 1159, les Almohades unifient le Maghreb : leur juridiction s'étend de l'Andalousie à la Tripolitaine.

Cependant, moins d'un siècle plus tard, en 1236, les Hafsides, vassaux des Almohades, se déclarent indépendants et fondent une nouvelle dynastie à Tunis.

Aux XVe et XVIe siècles, l'arrivée des mauresques musulmans et juifs andalous chassés d'Espagne par la Reconquista provoque un enrichissement intellectuel considérable.

Période ottomane

En 1574, la Tunisie est annexée à l'Empire ottoman.

Quoique toujours officiellement une province de l'Empire Ottoman, la Tunisie acquiert une grande autonomie au XIXe siècle, sous la dynastie des beys Husseinites, fondée en 1705. À cette époque, le pays vit de profondes réformes, comme l'abolition de l'esclavage et l'adoption en 1861 d'une constitution — la première du monde arabe —, et manqua même de devenir une république indépendante.

Malheureusement, en raison d'une part des la politique ruineuse des Beys, et d'autre part d'interférences étrangères dans l'économie, le pays connut de graves difficultés financières qui contraignirent à déclarer la banqueroute en 1869. Ce fut l'occasion pour les grandes puissances européennes de mettre pied dans le pays, qui fit l'objet de rivalités entre la France, l'Italie et le Royaume-Uni.

La Tunisie avait à peine amorcé son virage vers l'indépendance qu'elle retombait sous le joug d'une autre puissance étrangère. Ce fut la France qui réussit à imposer au Bey un protectorat, à la grande colère de l'Italie qui voyait la Tunisie comme son domaine réservé.

Époque Coloniale

Le 12 mai 1881, le protectorat français fut officialisé par la signature du traité du Bardo. La France ne tarda pas à abuser de ses droits et prérogatives de protecteur pour exploiter le pays comme une colonie, en contraignant le Bey à abandonner la quasi-totalité de ses pouvoirs au Résident Général de France, qui représentait à Tunis les intérêts de la République française protectrice. L'occupation eut néanmoins certains effets positifs, notamment au niveau de la modernisation du pays : la Tunisie put ainsi bénéficier du savoir-faire français en matière de réseau ferré, d'agriculture, d'industrialisation, etc. Le début du XXe siècle est marqué par les premières initiatives sérieuses contre l'exploitation coloniale du protectorat par la France. Leur répression violente conduit les mouvements nationalistes à se radicaliser et le 3 juin 1920 est créé le Parti Libéral Constitutionnel Tunisien (Parti du Destour), qui revendique l'indépendance totale du pays.

En 1932, Habib Bourguiba, un jeune diplômé en droit membre du Destour, fonde avec d'autres le journal L'Action Tunisienne, qui, outre l'indépendance, prône la laïcité. Cette position originale au sein du Destour conduisit deux ans plus tard à sa scission en deux branches, l'une islamisante qui conserva le nom Destour, et l'autre moderniste, le Néo-Destour. Ce nouveau parti fut dirigé par un bureau composé du Dr Mahmoud Materi (Président), de M. Habib Bourguiba (Secrétaire Général), et de MM. Tahar Sfar, Bahri Guiga et M'hammed Bourguiba (membres).

Au milieu des années 30, la répression coloniale se fait plus violente et Habib Bourguiba est éloigné avec d'autres militants dans le Sud tunisien oŁ il est assigné à rédidence. En 1936, l'accession au pouvoir du Front Populaire permet la libération des leaders indépendantistes. Ce répit ne dura pas et en 1938, Habib Bourguiba est emprisonné en France pour conspiration contre la sûreté de l'État.

Malgré sa libération par le régime de Vichy à la demande de Mussolini, Bourguiba ne voulut pas cautionner des régimes fascistes et lança le 8 août 1942 un appel au soutien aux troupes alliées. Cette position lui valut d'être aussitôt arrêté par les nazis, mais allait être à l'origine de sa remise en liberté en avril 1944.

Rapidement, des négociations avec le gouvernement français sont menées par Habib Bourguiba et Salah Ben Youssef, mais leur échec provoqua en janvier 1952 le début de la révolution armée et un durcissement des positions de chaque camp.

Cette situation difficile fut apaisée par les réformes de Pierre Mendès-France un peu plus d'un mois après son accession au pouvoir en juin 1954. En effet, le 31 juillet 1954, il annonce unilatéralement la reconnaissance de l'autonomie interne de la Tunisie, et la formation d'un gouvernement intérimaire, auquel participèrent trois membres du Néo-Destour. Le traité de l'autonomie interne fut signé le 3 juin 1955 malgré l'opposition de Salah Ben Youssef pour qui ces accords constituaient un pas en arrière. En effet, contrairement à Bourguiba qui prône une indépendance obtenue pacifiquement, "à travers des étapes, avec l'aide de la France et sous son égide", Salah Ben Youssef soutient le panarabisme et souhaite l'indépendance totale et immédiate. Le différend entre les deux leaders du Neo-Destour finit par être tranché en faveur de Bourguiba quelques mois plus tard, évitant ainsi au pays le bain de sang que promettait une guerre frontale avec la France.

Le 20 mars 1956, la France finit par concéder à la Tunisie l'indépendance totale (à l'exception du port stratégique de Bizerte) et moins d'un mois plus tard fut élue l'Assemblée Nationale Constituante, dont Habib Bourguiba fut le premier président.

Les derniers restes de colonialisme prennent fin le 15 octobre 1963, avec l'évacuation de Bizerte, dernière base française dans le pays.

Tunisie Moderne

À l'indépendance, le pouvoir n'est pas restitué au Bey mais donné au peuple tunisien, représenté par le mouvement du Néo-Destour du leader Habib Bourguiba. Celui-ci est nommé président du Conseil par l'Assemblée Nationale. Les réformes se succèdent alors pour mettre en place un État moderne, parachever la souveraineté nationale et moderniser la société.

Bien que l'Islam reste la religion d'état (le président de la République doit par exemple être de religion musulmane), le pouvoir des chefs religieux fut grandement réduit. Dès le 13 août 1956, dans la foulée de l'indépendance, Bourguiba fait promulguer le code du statut personnel, qui donne aux femmes, encore aujourd'hui, un statut inouï dans le monde musulman, dépassant même celui des Françaises dans certains domaines : reconnaissance des droits civiques de vote et d'éligibilité ; consentement requis pour le mariage ; abolition de la répudiation et remplacement par une procédure de divorce judiciaire ; interdiction de la polygamie ; fixation d'un âge minimum pour le mariage (18 ans) ; légalisation de la contraception et de l'avortement.

Cependant, malgré quelques tentatives, il ne put imposer l'égalité des deux sexes dans l'héritage en raison d'une trop forte réticence des chefs religieux ; il se contenta donc d'encadrer ces pratiques pour éviter les abus.

Le 25 juillet 1957, la monarchie est abolie et la Tunisie devient une République, dont Habib Bourguiba est élu président le 8 novembre 1957. La Constitution est définitivement ratifiée le 1er juin 1959.

Bourguiba mena avec succès le développement et le rayonnement international de la Tunisie pendant de nombreuses années.

Cependant, au milieu des années 1980, la Tunisie connut une crise politique et sociale étouffante, avec le développement du clientélisme et de la corruption, la paralysie de l'État devant la dégradation de la santé de Bourguiba et les luttes de succession, et le durcissement du régime. Cette situation favorisa la montée de l'Islamisme, ce qui mena le pays au bord de la guerre civile, avec des émeutes de plus en plus vives. Commencé dans une atmopshère de libéralisme et de laïcisation de la société tunisienne, le long règne de Bourguiba s'achève ainsi dans une atmosphère de crépuscule alimentée par une une grave crise économique et une véritable paranoïa du chef de l'État, engagé dans une lutte sans merci contre la montée de l'islamisme menée par le général Ben Ali, ministre de l'Intérieur puis Premier ministre.

Le 7 novembre 1987, le Premier Ministre Zine El Abidine Ben Ali, dépose le président Bourguiba, devenu sénile. Il est élu démocratiquement deux ans plus tard.

La succession au pouvoir s'est opérée dans le cadre de la légalité constitutionnelle et de façon pacifique. La démocratisation du pays se fait lentement mais sûrement au fil des suffrages : 1987, abolition de la magistrature à vie ; 1994, accession de l'opposition au Parlement ; 1999, premières présidentielles pluralistes et quota minimum de 20% de sièges pour l'opposition au Parlement.


FIN
ça, jamais !


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